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 Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous. (Gandhi)

CHRONIQUE DU 15/02/2016        

Les chiffres sont terrifiants !


La progression de la production mondiale de matières plastiques est passée de 1,5 million de tonnes par an en 1950 à 245 millions de tonnes en 2008*, dont 60 millions rien qu'en Europe. Au cours des 10 dernières années, nous en aurons consommé plus que la production totale au cours du vingtième siècle.


Il est estimé qu’au minima 66,5 millions de tonnes de plastique seront mis sur le marché de l'Union Européenne d'ici à 2020 et qu'au niveau mondial, cette production pourrait tripler d'ici à 2050.


Rien qu’au niveau de l'Union Européenne, en 2010*, environ 98,6 milliards de sacs en plastique à poignées ont été mis sur le marché et en France, 17 milliards de sacs plastiques sont consommés chaque année, dont huit milliards sont abandonnés dans la nature, selon le ministère de l'Environnement. Sachant qu’un sac plastique est en général jeté et qu’il met entre un et quatre siècles pour se dégrader dans la nature.


Et pourtant, il est possible de s’en passer : regardez le Danemark et la Finlande où on n’utilise que quatre sacs plastiques par personne et par an. Plus près de nous, regardez la Corse, qui a su voter une motion contre la distribution de sacs en plastique non biodégradables, avec pour conséquence immédiate qu’au 1er août 2003, les sacs plastiques disparaissaient des caisses des supermarchés et qu'un an après, leur consommation globale avait diminué de 80 % dans toute l’île.


Je dis, chapeau bas devant ceux qui savent prendre des décisions pleines de bon sens face à cette lèpre pétrolière qui défigure nos paysages et souille 5000 kilomètres de nos côtes, qui contamine les écosystèmes et concentre les polluants organiques, altère le fonctionnement des chaines alimentaires et au final, met en danger la santé des populations !


A contrario, comment peut-on justifier que nous n'arrivons pas à faire de même sur le continent, alors que la problématique est parfaitement connue et que le « débat » dure depuis plus de vingt ans pour savoir, s’il faut ou non interdire les sacs plastiques ?


L’actuelle Ministre de l’Écologie semblait pourtant avoir clôt le débat en annonçant, le 11 septembre 2015, que « les sacs plastiques à usage unique qui portent gravement atteinte aux écosystèmes de l’eau et des océans disparaîtront à partir du 1er janvier 2016, conformément à la loi de transition énergétique d’août 2015.» La dite loi prévoyant ensuite pour le 1er janvier 2017 la fin des sacs fruits et légumes, emballages de presse et de publicité, ainsi que l’interdiction pour 2020 de la vaisselle jetable en plastique.


Tout était dit et le décret sur l’interdiction au 1er janvier 2016 avait été transmis mi-septembre au Conseil d’État, pour une publication qui devait être « très rapide ».


Mais patatras ! Initialement prévu pour le 1er janvier 2016, le décret d’application de la loi a été repoussé dans un premier temps au 28 mars et repoussé une nouvelle fois encore jusqu’au 1er juillet 2016.


Or, sans décret, pas d’application de la loi….  Drôle de pays, où on passe son temps à s’étriper dans l'hémicycle pour promulguer des lois à ne plus savoir qu’en faire et où on est incapable de prendre des décisions rapides pour préserver l’avenir des populations !


Vous me direz, si on les entend bien, ce n’est de leur faute, mais une nouvelle fois celle de l’Europe, puisque le motif invoqué serait que la Commission européenne a demandé fin décembre des précisions à la France « au regard des règles du marché unique européen », notamment à propos de la taille, du poids et du type de sacs concernés.


Sauf que… en novembre dernier, l’hebdomadaire, "Le Moniteur des pharmacies" (un des commerces visés par l’interdiction de sacs plastiques) citait la direction générale des entreprises (DGE), selon laquelle « le décret ne serait pas publié avant juillet 2016, suite à une décision du cabinet d’Emmanuel Macron ».


Tiens donc, revoilà notre ministre de l’Économie qui intervient une nouvelle fois dans une affaire d'environnement et de santé publique…


Rappelez-vous, ALTEO, les boues rouges de Gardanne, le report pour 6 ans de l’interdiction de rejeter dans le Parc national des Calanques toutes les saloperies contenues dans les effluents de l’usine : mercure, arsenic, titane, thorium 232, uranium 238, cadmium, vanadium, plomb, soude, chrome, nickel, etc...


Rappelez-vous, Emmanuel MACRON qui recevait auparavant les dirigeants d’ALTEO venus plaider les intérêts financiers du Groupe et qui annonçaient, avec un grand sourire, avoir été « entendus » à la sortie de leur entretien avec le Ministre de l’Economie.


Rappelez-vous, Ségolène Royal qui mettait en cause l’ingérence du Ministre de l’Economie et qui ensuite désapprouvait la décision du préfet d’autoriser l’industriel à continuer de rejeter ses poisons dans la Méditerranée : «L'ordre est venu du Premier ministre au préfet, direct. Je pense que c'est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi.»


Rappelez-vous enfin, le 31 janvier dernier, Ségolène Royal qui refusait cette décision arbitraire et contraire à l'intérêt des populations et qui expliquait que « C'est le combat de l'économie contre l'écologie et ma conviction profonde, c'est que détruire l'écologie, c'est aussi détruire l'économie »


Vous voyez où je veux en venir ? Comment ne pas voir qu'il y a une même logique à l'oeuvre dans les reports successifs du décret d’application de la loi interdisant les sacs plastique ?


D'un côté, la filière de production de sacs plastiques met elle aussi en avant que 3.000 emplois sont menacés par l’interdiction. De l'autre, le mot d'ordre du Gouvernement et de l'Elysée est de tout faire pour que la courbe du chômage s'inverse ou en tout cas ne monte pas, en prévision des futures échéances politiques.


Y compris, apparemment, en fermant les yeux sur les atteintes à l'environnement et ses conséquences en termes de santé publique.


Alors certes, j'entends bien que l’argument de la destruction d’emplois liés à la cessation ou la disparition progressive d’une activité est plus que recevable, notamment lorsqu’il s’agit de votre emploi.


Pour autant, tout comme pour ALTEO et les boues rouges de Gardanne, la disparition des pollutions liées aux sacs plastiques a été programmée depuis de nombreuses années et la disparition des emplois rattachés à ces activités aurait dû être au centre d'un programme de restructuration au niveau des bassins d'activités. Sauf que cela n'a été le cas !


Mais alors, me direz-vous, comment ce fait-il qu'il nous soit impossible, en France, d'anticiper les évènements et de mettre en application des mesures de bon sens ?


Peut-être, tout d’abord, parce que la politique industrielle de la France - mise en œuvre par les différents gouvernements qui se sont succédé - est un échec complet.


Un échec dû en partie à l’écrasante responsabilité des acteurs sociaux !


En effet, le dialogue constructif est absent du dictionnaire des relations sociales ; le chacun pour soi et l’Etat pour tous devient le maître mot de toute action et les patrons n'acceptent de céder que face à des mouvements sociaux durs, dont l’issue est souvent mal négociée !


Avec quels résultats au final ? Car dès que les palettes ont fini de brûler et que les cornes de brumes se sont tues, dès que les tribuns professionnels ont fini de capitaliser sur la misère à venir et que les médias sont repartis avec leur caddie rempli d’infos bon marché, la seule chose qui reste de cette agitation médiatique, c’est le désarroi du tissu économique local et surtout le désespoir des femmes et des hommes qui voient leur emploi disparaitre, sans s’être vu proposer d’autres perspectives d’avenir !


Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir tous les outils nécessaires à disposition des différents acteurs, comme le démontre la multitude de lois qui régissent le monde du travail et le tissu économique.


Malheureusement, en France et pour ne prendre que cet exemple, il n’y a quasiment jamais de plan social, de restructuration d’entreprise ou de restructuration d’un bassin d’emploi. En fait, dans la plupart des cas, on ne cherche pas à comprendre la réalité de la situation, ses conséquences à terme, on refuse de se mettre d'accord pour trouver des solutions, signer des compromis acceptables...


Non, rien de tout cela, on passe directement aux plans de licenciement !


Or, la nuance est de taille, puisqu’un plan social ou de restructuration négocié par les partenaires sociaux, voire en partenariat avec les pouvoirs publics, permet de sauvegarder le cas échéant l’activité restante, de proposer de nouvelles orientations professionnelles aux salariés touchés, de mettre en place des plans de formation, de financer des projets personnels ou collectifs, d’anticiper et favoriser l’émergence de nouveaux secteurs économiques, au premier rang desquels l’éco-industrie… le tout, bien évidement, en s’y prenant suffisamment à l’avance.


Ce qui implique que nos gouvernements et élus territoriaux ne naviguent pas à vue, mais au contraire collaborent continuellement et étroitement avec tous les acteurs concernés, de façon à pouvoir anticiper ces évolutions, somme toute naturelles en ce qui concerne les secteurs économiques, puisque ces derniers se modifient continuellement, voire disparaissent au fil de l’évolution du marché, des technologies, des territoires...


La deuxième raison, me semble-t-il, qui explique qu’il nous est souvent impossible de mettre en application des mesures de bon sens, tient au fait que les grands groupes industriels, et les lobbys de certains secteurs d’activité, adhérent eux aussi au paradigme d’un modèle sociétal qui a ancré la culture du conflit dans son imaginaire collectif et surtout dans celui de ses gouvernants qui sont, quant à eux, terrorisés à l’idée de la moindre manifestation de rue qui viendrait ternir leur image et par conséquent, qui porterait préjudice à leur avenir personnel.


Donc, chantage à l’emploi il y a, puisque cela fonctionne à tous les coups !


Et pour ce qui est de la santé des populations, on renvoie cela aux calendes grecques, à ne pas confondre bien sur avec les calanques qui continueront, quant à elles, à être polluées impunément pendant encore 6 ans.


A ce sujet, il est effarant de devoir constater que nos élus cèdent face au chantage à l’emploi d'ALTEO, alors même que des filières éco-industrielles se créent ou existent déjà sur place et que ces dernières ne sont pas vraiment aidées actuellement dans leur développement, voire même pour certaines empêchées de se développer au motif inavoué qu’elles dérangent certaines pratiques locales ou alors les intérêts de certains grands groupes capitalistiques, avec lesquels les collectivités sont en contrat.


Sauf que, ce sont nos impôts qui financent les politiques territoriales et locales et en cela, nous avons le droit d’exiger que les éco-matériaux issus du recyclage soient explicitement prescrits dans les appels d’offre, sinon autorisés en tant que variante.


Cela permettrait de faire décoller les filières éco-industrielles ou les entreprises qui prennent le risque de s'aventurer sur le secteur, d'autant que la loi sur les marchés publics est formelle : si cela apporte quelque chose au produit ou au service demandé, ne serait-ce qu’en termes d’économie de ressource naturelle, l’acheteur public peut (voire doit ...) le faire très facilement.


Sachant, pour prendre l'exemple des plastiques, que nous ne recyclons seulement que 500 millions de tonnes de déchets en France, sur plus de 3 milliards de tonnes produites et qu'il est pour le moins sidérant de voir le peu de soutien apporté aux filières de recyclage déjà existantes, qui ne demandent qu'à se développer et pouvoir ainsi créer des emplois non délocalisables (voir par exemple les focus sur le recyclage du plastique en PACA).


Pour conclure, si la loi ne parvient pas être appliquée, si la santé des populations et la protection de l’environnement ne font pas partie du dictionnaire de certains élus, si les petites entreprises en sont réduites à devoir mendier le droit d’exister, si seuls les grands Groupes capitalistiques ont force de loi, ... alors peut être va-t-il falloir se structurer de façon à se faire entendre ?


Gilles VAUCOULEUR


Rédacteur en Chef du Forum Planète bleue


* Chiffres communiqués à ce jour

Gilles Vaucouleur/

 

Oui au soutien de l'eco-industrie  !

Non au chantage à l'emploi

Gilles VAUCOULEUR

Président